La Zoom

par André Dewael

"Faites-moi une voiture qui se gare perpendiculairement au trottoir !", lança Philippe Guédon un jour de septembre 1991.

Ce fut le point de départ des réflexions d'une petite équipe qui s'attacha à répondre au souhait du patron. Le projet P50 représente la concrétisation de l'état d'avancement des études entreprises en 1984 par Matra en matière de véhicule électrique urbain.  Après gestation, il sera baptisé "Zoom". Le principe fondamental de ce projet était de concevoir dès le départ une voiture électrique et non pas d'adapter un véhicule traditionnel à cette source d'énergie alternative. 

  L'innovation essentielle consiste en l'articulation du châssis permettant deux longueurs de véhicule qui peut ainsi se ranger en très peu de place, l'empattement passant de 2,65 m à 2,10 m en position de stationnement. L'accès à bord est facilité par l'ouverture des portes en élytre, solution jusque-là utilisée par quelques bolides de prestige. La banquette fixe accueille deux personnes à bord ; le pédalier ainsi que le volant sont réglables afin d'obtenir une position de conduite optimale.

          

Une première maquette à l'échelle 1/1 est achevée en mars 1992.  Une deuxième maquette, roulante cette-là, est terminée à la mi-juin.  Proposée à Renault, elle est aussitôt acceptée.  Renault demande de la présenter au public au Salon de Paris en septembre 1992 afin d'étudier les réactions d'une future clientèle. Elle se présente donc sous le signe du losange.  Le nom de Matra apparaît néanmoins sous les vitres latérales de custode.  Du stade d'étude libre, elle devient alors une vraie voiture dont la commercialisation est envisagée.

Sur le plan mécanique, le moteur électrique est de conception Matra ; le véhicule autorise une vitesse maximale de 120 Km/h et une autonomie de 150 km.  A noter, qu'à l'époque, les matériaux utilisés permettaient à la Zoom d'être recyclable à 95 % !

Cette voiture "à géométrie variable" créera l'événement aux quatre coins du monde, partout où elle sera exposée.  Mais cela ne suffira pas pour qu'elle soit produite en série : Renault craint de se fourvoyer en proposant un véhicule à deux places, jugé invendable.  Aujourd'hui la Smart persiste et signe, bien que déficitaire pour le groupe Daimler depuis son lancement en 1998 !  Pour Matra donc, celle qui fut surnommée "araignée" ne fut pas appelée à régner...

Cependant, comme lors de toute étude, certaines solutions se retrouveront tôt ou tard sur une voiture de série.  Certaines d'entre-elles ont d'ailleurs été retenues sur le P55 (exploitation de l'espace intérieur) mais aussi sur ce prototype de mini-Espace électrique :

 

HERITAGES

C'est au salon de Genève 2005 que fut présentée sa digne héritière : la Bluecar proposée par Batscap, filiale du Groupe Bolloré.  Héritière des études de Matra puisque son maître d'oeuvre n'est autre que Philippe Guédon (devenu patron de sa propre entreprise "Espace Développement" et que l'étude fut menée en collaboration étroite avec Matra Engineering et la filiale de prototypage D3.  Cette avancée architecturale et technologique est le résultat de l'invention de batteries LMP (Lithium Métal Polymère) par la société Batscap.  Ce concept-car n'est pas destiné à la commercialisation : il illustre ce que peut être aujourd'hui une voiture électrique et non une voiture électrifiée.  Comme la Bagheera et la Murena, la Bluecar propose 3 places de front...

Une étape importante a été franchie depuis : son homologation le 7 août 2007.  Et le 21 décembre 2007 on apprenait qu'elle serait développée et fabriquée en commun par Bolloré et Pininfarina.  Elle disposera de 4 places. Elle sera équipée d’une batterie lui offrant une autonomie de 250 km en parcours urbain.  Lorsqu'elle sera produite, elle constituera en quelque sorte la concrétisation d'un idée poursuivie par Matra depuis de bien longues années...

 

Quant à l'idée de la "voiture repliable", elle avait déjà été reprise et illustrée au Salon de Tokyo 2003 où le prototype Toyota PM, coléoptère électrique monoplace urbain, avait intrigué et suscité la curiosité des journalistes, ignorant sans doute la Zoom de Matra.