Jean-Luc Lagardère
par André Dewael
D'origine gasconne, Jean-Luc Lagardère, cet ingénieur électronicien de trente-cinq ans, va se révéler chez Matra Sports un formidable meneur d'hommes, capable, grâce à l'énergie et à la confiance qu'il dégage, de faire rêver et de galvaniser ceux qu'il entraîne. Si typiquement français qu'il apparaisse, il n'en représente pas moins l'archétype de la nouvelle génération de jeunes managers à l'américaine.
"Lorsque je démarre quelque chose, je fixe aussitôt des objectifs, car il n'y a rien de tel pour cimenter une équipe autour d'un projet. (…) Evidemment, vu de l'extérieur, ça passe pour de la prétention. Mais c'est ce que j'ai fait dès que je suis arrivé chez Matra, et je suis sûr que si je ne m'y étais pas pris ainsi, la firme n'existerait plus aujourd'hui." (*)
Et comme objectifs, Jean-Luc Lagadère va s'en fixer et pas
des moindres ! "La Formule 3 pour apprendre, la Formule
2 pour s'aguerrir et la Formule 1 pour s'imposer", déclare-t-il
à la presse ébahie. Rien que cela ! Bref, Lagardère veut à la fois populariser
le nom de Matra et redorer le blason du sport automobile français, mais il va
devoir partir de zéro !
L’Histoire veut qu'il gagnât son pari fou car en dix ans de compétition les Matra
ont constitué un palmarès des plus enviés. La compétition automobile au plus
haut niveau a apporté à la marque la notoriété internationale ambitionnée. Les amateurs ont
certes regretté son désengagement du
sport automobile mais on ne peut que saluer son choix dicté par la raison. Matra Sports avait tout gagné et n'avait plus rien à prouver.
Dans la foulée de son pari initial, il avait décidé de faire de Matra Sports un constructeur automobile à part entière. Avec l'engagement de l'ingénieur Philippe Guédon, il avait trouvé le concepteur d'automobiles innovantes qui sera le père de toutes les voitures de tourisme. Audace et créativité sont les valeurs fondamentales, communes aux deux hommes. Si la production des voitures de tourisme n'a jamais atteint les volumes espérés, l
’aventure atteindra son apogée avec l’Espace, produit à plus de 850 000 exemplaires.Grâce à ce succès inespéré, la division automobile engrangé pendant près de 20 ans de confortables bénéfices appréciables pour l'ensemble du groupe Matra. En 1993, Jean-Luc Lagardère a même fait un rêve : devenir le principal actionnaire de Renault - lors de la privatisation partielle de la firme de Billancourt - en apportant Matra Automobile dans la corbeille de mariage ! Le PDG, Louis Schweitzer, et le Premier ministre, Edouard Balladur, s'y sont opposés. La société a alors eu tendance à s'endormir sur ses lauriers. Même si elle n'a jamais cessé de concevoir des engins novateurs, à l'image de la Zoom, un petit véhicule électrique de ville, recyclable à 90%.
Après l'accord de partenariat avec Renault pour la production de l'Avantime, Jean-Luc Lagardère autorisera Matra à développer le projet d'auto-moto baptisé M72 jusqu'au processus d'industrialisation.
Malheureusement l'aventure se terminera avec l’échec commercial de l'Avantime, un concept original qui n’aura pas le temps de s’installer. Voilà Jean-Luc Lagardère obligé de jeter l’éponge, condamnant au chômage le millier de salariés de Romorantin.
Bien que l'automobile soit devenue au fil du temps une activité satellite du groupe, cet abandon sera néanmoins pour lui un déchirement. Ironie du sort, sa décision de la fermeture des usines de Romorantin avait été prise une quinzaine de jours avant son décès inopiné.
Lagardère aimait la France et la victoire, détestait les échecs, voulait renverser les montagnes et jamais ne s’avouait vaincu : la vie de Jean-Luc Lagardère est un livre d’aventures qui s'est fermé brutalement le 14 mars 2003. Le mousquetaire a tiré sa révérence à 75 ans, en pleine forme physique et intellectuelle, sans avoir jamais connu ni la vieillesse ni la déchéance et sans même avoir vu la mort arriver.
Pendant près de quarante ans, il avait diversifié ses activités grâce à son enthousiasme communicatif et à son entregent. Il avait su s'entourer d'une garde rapprochée de "Matra boys", tous jaloux les uns des autres mais tous dévoués, un pour tous, tous pour un, au patron.
Après s'être longtemps appelé Matra, puis Matra-Hachette, le groupe qu'il avait bâti prit finalement le nom de son patron avec la création de Lagardère SCA en 1992.
(*) Propos cités dans l'ouvrage de José ROSINSKI, MATRA, la Saga, E.T.A.I., 1997, p.15.
Pour vous documenter sur les activités actuelles du Groupe Lagardère, voici son site :
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